"Hem. Hum, hum.
J'enregistre ce rapport sous le numéro 100456, séquence ZY34X ; nous sommes le 10.11.07, 11:23, local time.
Compte-rendu de mission, première étape. Zai olmoste qilde mi, ail repeat, zai olmoste qilde mi.
Dans l'ordre : suis arrivé, comme convenu, aéroport ; me tenais en costard gris, sacoche labtop à la main, lisant Financial Times offert par compagnie aérienne. Jusque là, pas d'alerte, ne crois pas avoir été repéré. Ai attendu que mon voisin boulotte son petit-déjeuner vomi / barquette pour ingurgiter le mien, afin d'éviter tout risque empoisonnement. Jusque là, pas d'alerte, ne crois pas avoir été repéré.
Suis arrivé sur lieux mission ; première remarque : les agents locaux semblent emprunter un langage codé, n'y comprends pouic, répète : n'y comprends pouic. Mais comme affiche un air passablement emprunté moi-même, s'y méprennent sans doute, jusque là pas d'alerte, ne crois pas avoir été repéré.
Première journée passée en repérages ; lieux stratégiques mission déjà identifiés, papier plus râpeux qu'en France mais café gratuit. Cantine passable, ai tenté le bretzel au beurre, pas assez gras mais boule Kaiser à base sauce lourde a bien rattrapé la chose. Equipe support mission accueillante et beau paysage. Fin de première journée vers 20H, jusque là pas d'alerte, ne crois pas avoir été repéré.
Avant quitter siège entreprise, ai voulu piéger tiroirs avec cheveux, mais capilo-kit oublié France, tant pis, piégé avec bretzel au beurre. Pris U-Bahn jusque taverne Augustini pour me fondre dans payasage. Dîner avec collègues, à 6 avons dû manger 3 porcs entiers. Jusque là pas d'alerte, ne crois pas avoir été repéré. Sur coin assiette, tas de Gemüse ; enpoigne fourchette et répète ancestral geste du paysan soulevant botte paille sans crier gare ; enfourne dans gosier accompagné rire gras pour me fondre dans paysage.
Alerte. Alerte. Alerte !
Attaque au poison, substance inconnue ; choux au détergent pour chiottes éléphants zoo, ou produit à récurer oseilles cales.
Alerte !
Poison produit attaque papilles, menton, langue, gorge, oreilles. Sinus, crâne, orbites. Tente de rester impassible pour déjouer surveillance, et scruter les visages pour reconnaître agent ennemi. Mais larmes, hoquets convulsifs, au bord étouffement, au bord régurgitation massive, au bord évanouissement. Ennemi attaque encore, enlève tout l'air de la pièce et toute la lumière des yeux, crois tomber ! Essaye boire, pas peux, gestion inouïe de l'effort. Une minute, deux minutes. Regards effarés autour de moi, rires incrédules. Rire moi aussi, mais renforce la douleur, arrête. Alerte. Alerte. Alerte !
Plus tard repassé vidéo de ce moment, pas de visage trahi. Seuls germains débonnaires et rubiconds ou collègues insouciants. Ennemi plus puissant que prévu.
Lendemain, retrouve bureau piégé : clavier changé de azertyuio en qwertzöüä. Plante verte apparue à côté bureau. Gens me sourient, foutaises? Avertissement? Dois me sortir situation, renverser tendance et regagner anonymat. Applique donc Plan Wasserkraftwerke, renverse bouteille d'eau sur table nouvelle collègue et quand lève yeux horrifiés, lui colle calibre 12 entre narines et frontibus. Dans charivaris qui s'ensuite, profite confusion pour arracher cheveux et coller avec glue poils torse sur mes joues. Métamorphosé, peux reprendre mission, répète : peux reprendre mission.
Attends prochaines instructions pour agir, wiederhole : warte auf nexte instruktionen zum aktion.
Fin rapport."