jeudi, mars 02, 2006

Timitempé

Montmartre. Il a encore neigé l'autre soir, quand l'hiver cessera-t-il?

Depuis ces trois mois que nous sommes isolés Norbert, Mitschka et moi, le temps s'est ralenti de lui-même jusqu'à prendre cette consistance ouatée, feutrée d'un blanc plein et sourd. Nous avions bien essayé, les premiers temps, de déblayer le chemin pour descendre jusqu'aux Abbesses mais notre effort s'est bientôt heurté aux congères de glace que recouvraient de monstrueux amas de neige . D'ailleurs, le boulanger n'a peu à peu plus eu de pain à cuire, la farine ne montait plus de Clichy ; alors nous avons cessé de tenter l'aventure et, le dos voûté d'un âge sans mémoire, nous avons courbé l'échine sous le sort.

Chacun de nous s'est donc terré chez soi, calfeutré bien au sec, à l'abri des intempéries. Norbert, Mitschka et moi nous passons nos journées à tisonner le feu en nous regardant simplement - un éclair de malice et nos fou-rires éclatent, nous permettant de briser le silence du Grand Blanc. Si le vent se fait insistant au carreau, nous passons dans le couloir le temps d'attendre qu'il se calme et là, assis par terre à même la moquette, nous jouons aux cartes.

Les voisins passent de temps à autres dans l'escalier, ils frappent à la porte. S'ils ont apporté leur propre sucre, nous les laissons entrer. On partage un sachet de thé entre nos quatre tasses. "Quelle idée bizarre, tout de même, Monsieur Timoléon, de vivre avec une vache et un hanneton" me disent-ils parfois. Norbert et Mitschka me regardent, je soupire et prends le temps d'expliquer qu'avant d'être des animaux, ce sont des être humains à part entière, tout comme nous, simplement moins gâtés dans leur physique que ne le veut la norme de beauté acceptée par une majorité de Nous. Des Nous en somme, mais autres. Je n'ai pas nécessairement l'impression qu'ils comprennent mais peu importe ; la plupart du temps ils restent quelques heures, puis repartent en promettant de revenir. C'est que chez nous, le combustible ne manque pas.

Nous ne nuisons pas plus que la moyenne, et la couche d'ozone, ce n'est pas nous qui l'avons trouée. Si l'on lisse, ce qu'on produit, ce n'est ni plus, ni moins. Simplement, Norbert nous aide à tenir le cap et c'est heureux parce que Kyoto nous menace. Or je n'accepterai jamais, jamais ! D'acheter en Bourse le droit d'être naturel, qui plus est lorsque le protocole vient du Japon. Parce que le Japon, quand il fait beau, n'hésite pas à mitrailler Montmartre -alors quoi? Il faudrait que je paye les bandoulièrs de cartouches qui viennent s'écraser sur mes façades tout en juillet?

Hier, la grosse dinde du second est venue me tirer du lait ; en échange, nous dégusterons ce soir une bonne omelette.

Je voudrais par ailleurs savoir si le virus H1N5 résiste au froid et, si oui, sur combien de mètres - une puce qui sauterait d'un chat infecté aurait-elle le temps d'arriver jusqu'à mon bouge? Nos savants feraient mieux de se pencher sur ce genre de questions pratiques plutôt que chercher un vaccin. Il est encore heureux que ce ne soit pas sexuellement transmissible.

Je ferais mieux de m'en tenir là, si je ne veux pas qu'on me reproche de consommer l'électricité du bâtiment. La dernière fois que Norbert a rallumé en douce le radiateur en pleine nuit, ça nous a valu une belle coupure de courant et le vieux du 6ème est mort de froid. Comme quoi l'effet que l'on retient n'est pas toujours celui que l'on obcherche, et son contraire.

Venez me chercher. Venez me chercher. Venez me chercher.

2 commentaires:

marjolaine a dit…

je suis ravie de voir que mmontmartre altitude reprend du service!
a quand une descente en luge fraternelle sur les pistes enneigées de montmartre?
marjolaine

marjolaine a dit…

je veux et j'exige d'autres articles!
marjolaine, tyrannos