« …Bon. Si j’ai bien kompris : là tu dis à une grosse qu’elle est grosse, elle te tourne une baffe de sumo. Et bon, bien si la grosse pense elle est grosse… elle… oui, je pense c’est ça : elle crie de pleure et tout le monde lui dit : mais-non-tu-n-es-pas-grosse ; et tout le monde se prend une mantale nippone. Donc, il faut pas que les grosses elles pensent elles sont grosses ».
« Je l’ai trouvé tout seul, mon pote ! Et attends, c’est pas fini. Imagine maintenant qu’une grosse, elle se met en tête de devenir keuss. Donc elle va faire le sport, aller dans des bains bouillonnants, des machins chers et chiants quoi ! Ou alors elle s’ingurgite des trucs lavasses avec les enzymes gloutons pour faire fondre la graisse. »
Pose, autocongratulation de Nikolas qui, sentant que son argumentaire progresse, s’octroie une 33cl de bière brune, histoire de graver les idées dans la mousse. Puis il reprend : « Mais tout ça la conforte – conforte, mon pote ! dans l’idée que toujours elle est un gros tas de saindoux ; donc soit elle se met des claques à la jap’, soit elle cherche un truc plus easy, qui l’affiche pas comme ''chus stoc mais je fais les efforts'' ».
« Donc, résumons : une grosse veut maigrir à la cool, sans que ça se voie et sans se casser la nénette. Donc, s'il faut bien suivre : le kapitalism, moche mais pas kon, doit trouver un dope qui marche, pour te la fourguer en flag. Un machin biologique qu’il peurra te vendre à prix bien ouf. Et encore mieux – Nikolas agite le feuillet devant lui – si on peut trouver un idée qui ne coûte rien à produire, et qui va rapporter un max… on y va ! Franco de porc ».
Nikolas s’étouffe de rire dans sa bière. Un jeu de mots de cette classe, quand même, balèze à trouver. Puis il ôte les projections de mousse sur le miroir et reprend, sérieux, en se fixant bien dans le blanc des yeux : « quand je vois des choses comme ça, je dis des connards ont trop bien travaillé. Quand je lis les idées comme celles de ce torche-balle (il secoue à nouveau le feuillet devant le miroir), je n’ai pas peur de dire qu’il faut passer à l’action. Ecoutez seulement ce passage : « l’activation directive du système endocrinien peut permettre de cibler les individus de sexe féminin (PS : l’annexe marketing de notre étude de faisabilité – faisabilité, de la merde oui ! – devra s’attacher à mettre en exergue la V.A. de la discrimination positive à l’égard des femmes). Le stimulus approprié semble intrinsèquement – intrinsèquement, m’étonne pas de ces escrocs – lié à la thermogénèse postprandiale, bien que les analyses en soient à un stade trop peu avancé pour permettre de définir plus précisément quel il pourra être ». Donc ! On a tous compris que ces fumiers ont même pas trouvé un truc, mais du moment qu’ils peuvent passer la came aux nanas dont la graisse a étouffé les neurones… ça va teaser sur les têtes de gondole ! Vider les porteflouzes en fourguant de la merde, c’est leur truc – les risques, c’est pas pour eux, hein ? Vendre un bouzin tu maîtrises pas, si c’est pas toi qui te le carres, ça va te poser un problème ? »
« Et c’est ça qu’on veut, nous ? Est-ce qu’on va l’accepter sans rien faire ? Nos camarades de combat de sexe féminin, engraissées par la merde industrielle que le capitalisme leur fourre dans la gueule de force, devraient payer pour les machinations de ces multinationales diététiciennes ? Jamais !! Moi je dis – et Nikolas se soutient du regard, implacable, les pupilles frisant l’éclair de génie – que le stimulus, leur brouillon de formule chimique, on va le trouver sans eux et le balancer en loucedé, pour nada, à toutes nos nanas ! »
« Non, parce que faut être franc, les grosses, ça va un temps ;-)… »
Nikolas, épuisé par sa harangue, se scrute dans le miroir ; satisfait de la détermination qu’il lit à présent dans ses yeux, il estime s’être convaincu. Il passe donc son treillis et sort rejoindre ses poteaux pour leur réunion mensuelle, dans les caves de l’immeuble ; au passage, il cueille Jérémie qui, bien que tiède, accepte de l’accompagner « pour voir ». Important, de mettre Jérémie dans la boucle : si on veut trouver le stimulus et se faire les sauveurs de l’humanité, faut quand même pas compter sur les déchets qui composent sa bande ! En revanche, Jérémie travaille au laboratoire de recherche, dans une zone de sécurité. Faudrait être bien kon pour ne pas en profiter, hm ? Et Nikolas, il est pas kon.
mardi, décembre 19, 2006
Sois grosse et tais-toi (chapitre 7)
mardi, décembre 12, 2006
Sois grosse et tais-toi (chapitre 6)
« (...) Il ressort de notre étude sur la thermogenèse postprandiale qu’un stimulus correctement appliqué peut amener à influer sur à peu près n’importe quelle partie de l’organisme vivant. En particulier, concernant le domaine de la diététique et de l’homéostasie thermorégulatrice, la production volontaire d’un influx nerveux correctement dirigé peut entraîner une sur-réaction ciblée du noyau préoptique, conduisant à améliorer sensiblement l’élimination des éléments nutritifs excédentaires. (…) Il est du reste évident que toute application pharmaceutique et commerciale de cette réaction organique reste soumise à des études pré-cliniques et cliniques poussées, ainsi qu’à la résolution du cas des hormones régulatrices directives, dont le mode de fonctionnement reste à ce jour insuffisamment connu. »
« Ah, oui, la thermogenèse postprandiale !» fait Lenayre à Phébert, qui lui a remis les feuillets trouvés chez la diététicienne du 32 bd Cressière. «Bien sûr, bien sûr... c'est un sujet complexe, mon petit - ajoute-t-il en fronçant les sourcils en sa direction. Un sujet qu'il ne faut pas sous-estimer...! Croyez-moi, c'est en cherchant les glands qu'un cochon déterre la truffe... hm?
- Bien sûr, monsieur le Préfet ; tout à fait.
- J'ajouterais que le sujet, cette… terminojeunesse postprenable, n'est pas à laisser tomber entre toutes les mains... vous voyez de qui je parle, Phébert?
- Oh oui, sans peine, monsieur le Préfet, avance Phébert qui n'en a pas la moindre idée ; pas question de -
- De celles-là même ! Vous êtes un petit malin. Donc... motus et bouche cousue sur notre tartaresse postminable, hm? Nous ne voulons affoler personne tant que nous ne savons pas... c'est à dire, tant qu'il n'est pas envisagé de communiquer sur le sujet, s'pas Phébert?
- S'pas, s'pas monsieur le Préfet, pas de truffe avant la saison des glands - c'est entendu.
- ... Euh, oui, c'est exactement cela mon petit», hasarde le préfet en raccompagnant Phébert à la porte et en se demandant s'il a en définitive affaire à un interlocuteur spécialement doué, ou particulièrement peu.
« Ah, oui, la thermogenèse postprandiale !» fait Lenayre à Phébert, qui lui a remis les feuillets trouvés chez la diététicienne du 32 bd Cressière. «Bien sûr, bien sûr... c'est un sujet complexe, mon petit - ajoute-t-il en fronçant les sourcils en sa direction. Un sujet qu'il ne faut pas sous-estimer...! Croyez-moi, c'est en cherchant les glands qu'un cochon déterre la truffe... hm?
- Bien sûr, monsieur le Préfet ; tout à fait.
- J'ajouterais que le sujet, cette… terminojeunesse postprenable, n'est pas à laisser tomber entre toutes les mains... vous voyez de qui je parle, Phébert?
- Oh oui, sans peine, monsieur le Préfet, avance Phébert qui n'en a pas la moindre idée ; pas question de -
- De celles-là même ! Vous êtes un petit malin. Donc... motus et bouche cousue sur notre tartaresse postminable, hm? Nous ne voulons affoler personne tant que nous ne savons pas... c'est à dire, tant qu'il n'est pas envisagé de communiquer sur le sujet, s'pas Phébert?
- S'pas, s'pas monsieur le Préfet, pas de truffe avant la saison des glands - c'est entendu.
- ... Euh, oui, c'est exactement cela mon petit», hasarde le préfet en raccompagnant Phébert à la porte et en se demandant s'il a en définitive affaire à un interlocuteur spécialement doué, ou particulièrement peu.
Phébert sort du bureau ; se ravise, et rouvre la porte pour récupérer son pardessus resté sur le fauteuil. Le préfet, surpris à tourner les pages de son grand dictionnaire, lui adresse un vaste sourire protecteur ; Phébert ressort et regagne son domicile sans repasser par le commissariat.
Arrivé à la maison, et espérant avoir bien compris, il parie sur 10kgs pour commencer, puis se ravise - revoit son ambition à 4kgs 500g et tente un timide : "chérie... tu n'as jamais pensé à la thermogénèse postprandiale?". Sa tentative d’esquive, trop lente, ne lui permet pas d’éviter la cocotte-minute pleine d'eau de vaisselle que lui dédie Simone. D’un ton patelin, celle-ci lui rappelle ensuite en tamponnant son arcade sourcilière qu'ils sont de bons catholiques et ne se plieront par conséquent jamais à ces pratiques sexuellement déviantes ; qu’on voit trop de mauvaises choses à la police ; que dans le poste à midi encore, ils parlaient de ces pauvres gens qui n’ont que leurs yeux pour pleurer ; et qu’elle parlera dès demain à son frère à propos de sa boutique de chaussures, pour laquelle il cherche un gérant associé.
Tandis qu'il se dirige vers sa chambre, se bouchant les oreilles pour éviter le bourdonnement gris qui enserre sa pauvre tête, Phébert aperçoit sa femme tourner frénétiquement les pages du dictionnaire dans le salon.
"T-h-e-r-m-o-g-e-n-è-s-e p-o-s-t-p-r-a-n-d-i-a-l-e", épelle-t-il à voix haute. Tout plutôt que la boutique de son beau-frère.
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