lundi, janvier 22, 2007

Sois grosse et tais-toi (chapitre 9)

Commodément accoudé au comptoir de Francis, Phébert s’amuse à souffler sur la mousse épaisse de sa blanche pour y creuser un tunnel quand il se sent tirer par la manche. Un planton, passablement penaud, balbutie que le commissaire, pardon, est après lui pour cette histoire de maltraitance et que, il s’excuse parce qu’il sait bien que ça n’est pas très important, mais ce n’est pas lui qui décide n’est-ce pas ? La hiérarchie – Venez au fait ! Sa présence à lui, Phébert, est requise – enfin, éminemment souhaitée pour reprendre les termes du commissaire – pour que le dossier « bénéficie d’un avancement autre que celui de ce chien qu’on a trouvé décomposé sur le capot du présumé coupable, pauvre bête » - non, pas lui, l’autre.

Arrive au commissariat ; accroche son inusable pardessus à la patère de l’entrée, salue le troufion de perm’ ; entre dans son bocal imitation lino maronnasse et s’apprête à prendre le dossier intitulé « maltraitance Cressière, 08-01-2008 » quand la secrétaire déboule en trombe dans son bureau, toute chose. Dix-sept visiteuses pour le Lieutenant Phébert, attendent depuis un quart d’heure et ont déjà englouti tous les bonbons de la salle d’attente alors que le stock tenait, bien poisseux, depuis mars dernier et qu’on était prêts de battre le record… ! Ennuyé, Phébert tend la main vers son manteau pour afficher autre chose que sa chemise lavasse et froissée, se ravise ; veut enfiler sa veste pour faire mais ne la trouve pas ; se visse en dernier recours un képi plat sur la tête et fait signe, emprunt d’officialité, que l’on introduise.

Kawasa-Ti entre, suivie de ses deux adjointes ; les quatorze autres demi Ganesh asiatiques bloquent le couloir dans toute sa largeur à la manière d’un bouchon de saindoux dans un conduit d’égorgeoir à porcs verrat. Le commissaire, qui voulait gagner les toilettes pour prendre connaissance des derniers sobriquets dont ses lâches inférieurs n’ont pas manqué de l’affubler à côté du distributeur de papier hygiénique, est forcé de renoncer ; il tente de refermer sa porte mais la décompression charnue d’une touriste japonaise visiblement bien ancrée dans le paysage l’en empêche absolument. Il sort donc pas la fenêtre adresser en soupirant ses compliments aux bégonias de la secrétaire.

4 commentaires:

Blanche a dit…

waouh ! ça prend tournure (sauf dernière phrase du chapitre. zarbi)
j'adore ! hâte de voir la suite !

musy a dit…

bisous aux bégonias!
marjolaine

A-C a dit…

Cool encore un épisode ! Mais faudra que je prenne le temps de relire les autres, je perds le fil (à défaut de perdre du poids comme certaines asiatiques rebondies)

moum a dit…

L'ambiance est installée... au fait!