dimanche, avril 22, 2007

Lausanne - Paris au fil du rail (chapitre 3)

  • Marre de ces gens ? Me glisse sa nouvelle voisine émoustillée ; il s’agit d’une vieille visiblement en manque d’animation – le genre « vieille à l’affût ». Elle ajoute : irez-vous au bar ? Ils proposent un choix de sandwichs et de boissons fraîches ou chaudes – je les trouve à titre personnel chères et synthétiques au possible mais que voulez-vous… il faut bien se nourrir, non ?
  • Non, rétorqué-je du tac au tac ; et je me relève pour m’asseoir un rang plus loin.

Eviter à tout pris les pépiements hystériques d’une vieille en mal de petits enfants ; ça piaille, ça geint et ça finit par vous refiler ses puces. Je l’entends maugréer que la jeunesse, n’est-ce pas, est toujours aussi impolie et qu’elle lui mettra des claques. Je balance au dessus de mon dossier : « Essayez toujours, je suis catcheur professionnel et je gobe trois vieilles chaque jour à l’entraînement ».


La vieille se le tient pour dit tandis que le chercheur, réveillé comme par miracle, me regarde à présent avec des yeux emplis de dédain. Allons donc, professeur au Collège de France, pourquoi pas marabout de l’Elysée ! Quant au second voisin, le rogomme sectaire, il se lève à son tour et se penche vers moi pour me dire, ravi :

  • savez-vous que la lutte dos nus est née dans notre canton ? L’actuel champion de la discipline habite d’ailleurs notre lotissement.
  • Ah oui ? demandé-je par pur réflexe.
  • Eh oui ! Vous savez, la lutte à dos nu demande une très grande force, mais aussi beaucoup de jugeote ! Chacun des quatre adversaires tombe la chemise, se place dans le cercle et tourne le dos à ses opposants. Il n’a pas le droit de les voir ! C’est interdit. Le combat se déroule ensuite de la sorte : chaque combattant, à son tour, doit bondir – de dos toujours – vers un de ses adversaires et tenter de le sortir du cercle. Il n’a pas le droit à l’erreur ! Tenez, poursuit le deuxième voisin avec animation, lors du tournoi de l’an dernier, Timmy a sauté sans toucher personne… non seulement il est sorti du cercle et s’est disqualifié, mais il s’est déplacé un lombaire. Aujourd’hui il est en rééducation à Bâle mais, glisse le vieux d’un air secret, si vous voulez mon avis – il est fini. C’est que ça ne pardonne pas ! La lutte à dos nu, c’est quelque chose… vous verrez, conclut-il d’un ton sentencieux.

Je réponds : « Sûrement. J’ai moi-même pratiqué la lutte à chevilles enflées et le combat à capitalisation, du temps où, n’est-ce pas…

  • Je ne connais pas ces sports, mais je suis sûr qu’ils ne valent pas la lutte à dos nu, rétorque le vieux. Tout de même, vous avez un palmarès ?
  • Bien sûr ; j’en ai eu un pendant 6 ans, un petit modèle à poils courts qui faisait mon bonheur. Mais il a été fauché par une mobylette de livraison et je n’ai jamais eu le cœur à en avoir un autre. Excusez-moi, c’est très personnel.
  • Je vous en prie, répond le deuxième voisin en se demandant, pour la seconde fois, s’il a affaire à un crétin fini ou à un narquois de première.

Il va se rasseoir et reprend la lecture de son livre : « La taxidermie facile ».

2 commentaires:

musy a dit…

tu me prêteras la taxidermie facile?
merci encore pour les fraises
fraisy

Anonyme a dit…

Bon, on attend la suite sur le Paris-Verdun au fil de la route!!