Le pâtes molles est dit sur un ton qui met de toute évidence en cause la qualité anatomique de mes attributs masculins. Le vieux sectaire ronfle de contentement, prêt à assister à une joute qui, si elle ne vaut pas un lutte à dos nu, promet néanmoins d’être fameuse. De fait, je sors de mon sac l’ « alcool de vaches » dont j’ai acheté à Blonay la fiasque souvenir (1,5L, la taille d’un souvenir qui peut durer) ; la vieille hystérique extirpe pour sa part deux godets de son sac à dos modèle 1956 et me les tend solennellement. Nous nous mettons dans le « carré » de la rame, chassant la famille nombreuse qui s’y ébattait, et entreprenons d’enquiller.
Les douanes, qui ont le sens de l’à-propos et choisissent ce moment pour passer, signalent opportunément au chercheur qui tient ma bouteille entre ses mains « afin de voir quel poison on veut me faire ingurgiter », que l’importation d’alcool artisanal est interdit et passible d’une amende de 300 Francs suisses. Mon chercheur de blêmir, de bredouiller à propos de sa bourse d’études et des 8 enfants qu’il a à charges un peu partout en Europe – avant de m’accuser (perfidement si l’on en croit l’attitude du douanier) et de prétendre que cette bouteille n’est pas la sienne, pensez, de l’alcool de vaches, la bonne blague.
Le vieux sectaire s’en mêle pour ne pas laisser un alcool de son pays insulté de la sorte ; il entreprend de confondre le chercheur avec l’aide de la vieille hystérique qui voit dans cette apothéose le point d’orgue de sa journée. A eux deux, les vieux font basculer mon adversaire qui, contraint et forcé, va chercher son chéquier dans sa valise (non étiquetée – deuxième amende, délivrée par le contrôleur qui faisait un come-back « pour la forme ») et verse, rageur, les 300 Francs suisses en affichant pour la deuxième fois de la soirée cette couleur tomate-aubergine si étonnante et originale. Je lui fais part, en conclusion, de la remarquable analogie entre pâte molle et bourse vide, ce qui me propulse sur la première marche du podium puisque le chercheur, exaspéré, choisit de finir son trajet dans les toilettes, s’attirant les foudres de la famille nombreuse et la troisième amende de sa journée pour utilisation des espaces communs excédant la tolérance acceptable. Il serait intéressant, entre nous, de savoir ce que la SNCF entend par « tolérance acceptable » et si les cas gastriques aigus sont inclus dans cette définition – mais c’est un autre sujet.
Arrivée en gare de Lyon avec 1H35 de retard (intervention des pompiers pour désincarcérer le vieux sectaire coincé entre les toilettes du wagon et la bicyclette laissée au milieu du couloir par l’hystérique (deuxième amende pour sa prune de vieille bique, les TGV n’acceptant pas les vélos) ; puis arrêt sur voies pour permettre aux Saupiternem Alsaceum Batracii d’effectuer leur migration saisonnière, suite à à la vigie de l’APG du coin ainsi qu'à l’arrêté préfectoral les protégeant dans leur courageuse tentative de ralliement du Rhin depuis Dunkerque). Pas de grève de métro ni de panne d’ascenseur à Abbesses ; pas de dégât des eaux, d’incendie ou de poubelle en déshérence me contraignant à demander asile chez la voisine ; pas de rien d'autre, ni de tout du tout - bref.
Que dire d’autre sur ce trajet, somme toute classique et sans histoire ?
6 commentaires:
"la SNCF espère que vous avez effectué un agréable voyage et espère vous revoir très prochainement sur leurs lignes"
musy
Allez, zou, un nouveau récit le cômir!
Déjà la fin. J'ai hâte de la prochaine histoire "somme toute classique" ;-)
J'ai trouvé ça nettement plus convaincant que nos sumotes !
A bientôt pour le prochain !
Quel dommage que comir prenne maintenant son scooter et non la ligne 1... Quelle romance aurait pu lui arriver entre "Palais Royal Musée du Louvre" et "Bastille"...
Ce genre de nouvelle pseudo-autobiographiques me plaît bien. Bravo !
Par contre devoir taper "vcszhbyn" pour enregistrer ce commentaire me parait excéder la "tolérance acceptable".
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