A peine suis-je entré dans son bureau que le directeur attaque.
- Vous savez pourquoi je vous ai fait appeler, n’est-ce pas ?
- C’est à dire, oui, oui – non, non… oui, je sais un peu, mais non, je – » marmonné-je.
- Ne marmonnez pas tant. Entrez, mais entrez donc ! Et ne regardez pas vos souliers comme ça, levez les yeux. Asseyez-vous. Mais taisez-vous, bon Dieu !
- Oui, monsieur le Directeur.
- Bon… (soupir emphatique). Vous êtes en grâce là bas, ou bien ils ne savent pas à qui ils ont affaire. Enfin… ils vous ont affecté à une autre mission.
- Une… une autre mi-…mission ? balbutié-je.
- Une mi-mission, mais oui-oui, pantin pantoche ! s’exclame le directeur. Il fallait bien vous changer d’air, non ? Après les approches que vous avez faites à cette petite Tunisienne -
(Je ricane nerveusement)
- Cessez de glousser comme un phoque ! Mais tenez-vous un peu droit, bon Dieu ! Et arrêtez de frotter votre chaussure contre le pied de mon bureau (j’arrête derechef). Je disais… que disais-je, au juste ?
(Je scrute le papier qu’il tient sous sa main. Quelques lettres : A…EE…. Y…ALE…)
- Eh bien quoi, que voulez-vous ? Justris, je vous parle ! (Je relève la tête, confus). Ne soyez pas confus, soyez discret ! Bon sang de bonsoir. (Il froisse le tract syndical et le jette à côté du bureau, en manquant la corbeille d’un bon mètre). Donc, que disais-je ?
- « Cessez de glousser comme un phoque », monsieur le Directeur.
- Quoi ? (le directeur s’est dressé comme un naja sur son fauteuil). Ah ! … oui… je disais ça, très bien. Bon, bon. Mireille… MIREILLE ! CAFE !
(Mireille, cinquante-deux ans dont trente-trois d’arythmies cardiaques, se précipite avec une cafetière fumante posée en équilibre sur un tableau imitation Miro).
- Merci mon petit. Et bien quoi, vous n’attendez pas un pourboire tout de même ? Allez, allez !! Au placard !
(Mireille retraverse la porte aux vitres dépolies pour se calfeutrer dans sa yourte mongole).
- Bien-bien. ... Que disais-je au juste ? –Ah non, taisez-vous ! Très bien. Donc, ils ont décidé de vous éloigner temporairement, et de vous affecter ailleurs. En des termes très choisis d’ailleurs ! (Il ouvre un tiroir, sort une enveloppe et l’ouvre d’un coup sec. Je lorgne).
- Eh bien quoi, ça vous gêne que je lise mon courrier en vous parlant ? Vous ne me croyez pas capable de faire deux choses à la fois, peut-être ?
- Si, monsieur le Directeur.
- Alors fermez votre clapet, ou vous finirez par tenter le cabot de Mireille. (Je doute). Votre langue de veau, imbécile ! (Je ris discrètement). Ne riez que si vous trouvez cela drôle, cessez ! Cessez d’être obséquieux une fois dans votre vie, Justris.
- Bien, monsieur le Directeur. Oui, monsieur le Directeur.
(J’esquive le presse-papier qui va s’écraser sur la cloison du bureau ; Mireille rentre, affolée, une seconde cafetière à la main. Le directeur la gratifie d’un grand sourire las, puis d’un hurlement propre à effrayer le pire des cauchemars. Mireille ressort, les tympans vrillés pour les deux prochaines années).
- Ça ne vous intéresse pas de savoir où vous êtes envoyé ?
- Si, monsieur le Directeur, je suis très im-
- Taisez-vous ! On ne s’entend plus.
2 commentaires:
sympa cette nouvelle histoire
félicitations pour ta nouvelle affectation à l'étranger (je ne dirai pas la destination pour maintenir le suspense)
musy
C'est quasi autobiographique? (passons sur les approches à la petite tunisienne...)
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