"31 décembre 1987, six pieds sous terre. « C'est jour de réveillon, disait l'égoutier à son fils - tu vas voir, ce soir c'est du gros. (...) »."
Le téléphone, sonnant avec insistance, me tire de la sieste ; je repose ce bouquin stupide ("Paris vu d'en bas - histoire de l'égoutier Rochechouart"), fais pivoter la chaise et m'empare du combiné.
- Justris à l'appareil, ...-
- Qui d'autre, imbécile?
- Mes respects, monsieur le Directeur.
- Croyez-vous qu'on dilapide les clopinettes de l'Etat pour vous laisser vous tourner les pouces?
- Non, monsieur le Directeur, je -...
- Où est ce rapport, Justris?
- Permettez-moi de vous présenter mes meilleurs voeux, mons...-
- OU EST-IL?
- J'y travaille, monsieur le Directeur.
- N'utilisez pas de mots que vous ne maîtrisez pas. Imbécile.
- Oui, monsieur le Directeur. Bien, monsieur le Directeur.
- Vous êtes un âne. Un stagiaire aurait pu monter cette cellule de surveillance. La femme de ménage aurait pondu ce rapport plus vite que vous. Même Mireille aurait plus d'eff- (étouffant le combiné de sa main) QUOI, MIREILLE? NON ! Je ne veux pas de café. D'ailleurs, il est infect. Non - Si ! Je ne veux pas de vous non-plus, carapatez-vous mon lapin.
- Pour en venir au rapport, monsieur le Direct- ...
- Museau, Justris ! Je parle, z'entendez pas? (à nouveau à Mireille) NON ! Lapin n'est pas un mot affectueux - vous me prenez vous un vieux gâteux peut-être? Je ne suis MÊME PAS libidineux. Trop moche - oui, vous. Alors fichez-moi le camp. Zou, ouste ! (revenant au téléphone) Donc, Justris...?
- Je disais, mons- ...
- Des conneries, comme d'habitude. Essayez au moins de me les dire en allemand, ça me rappellera le bon vieux temps.
- Ich werde es versuchen, Herr Direktor.
- C'est une blague? Vous pensez sincèrement que je vais perdre mon temps à vous entendre baragouiner?
- Mais je croyais que - ... - ...
- Ne croyez pas. C'est bon pour les crétins et les illuminés. Et cessez ces tirets points de suspension, c'est éxaspérant.
- C'est entendu, monsieur le Directeur.
- Tout compte fait, Justris, vous pouvez continuer à croire. Ah, et au fait, votre réveillon, où comptez-vous le passer?
- Chez des amis, monsieur le Directeur. Un couple de Bavarois qui m'a fait l'amitié de m'inviter.
- Je serai bon, Justris, et croyez bien que c'est exceptionnel. Vous pouvez vous faire livrer une pizza - et SANS supplément ! Me suis-je bien fait comprendre?
- Oui, monsieur le Directeur. Les clopinettes de l'Etat, tout ça.
- Vous faites dans le sarcasme, maintenant? Mais où vous croyez-vous, mon bonhomme?
- Monsieur le Directeur, une requête - une seule. Pourriez-vous dire distinctement "Mi"?
- Qu'est-ce que c'est que ce jeu de couillons? Vous me voyez sincèrement faire le clown là, devant mon bureau?
- Faites-le, monsieur le Directeur, je vous en prie. C'est important. Dites "Mi", bien fort, bien distinctement.
- Mon Dieu ! Que ne me fait-on pas faire... chaque conversation avec vous devrait me rapporter un an de cotisations pour la retraite, Justris - vous savez ça? Enfin... allons-y, puisque c'est important. ...
- (...)
- "MI" ! - Ah, NON, Mireille, au panier ! Mais oui, bougez-moi tout ce gras ! Hors de ma vue, zou, zou !
- (gloussement)
- ... Justris?
- oui, monsieur le Directeur?
- Une fois encore. UNE FOIS! Compris?
- (fou-rire réfréné à grand-peine) bien, monsieur le Directeur. Mes respects, monsieur le Directeur.
5 commentaires:
bonne année Justris!
Puisse 2008 apporter un peu de sérénité et de reconnaissance envers Mireille qui souffre!
Musy
Ah, l'histoire avance enfin! (Si l'on peut dire...)
merci pour tes voeux de bonne année!
le comité!
ps Ich wünche dir eine gute neues Jahr!
On veut des épisodes tout frais pour accompagner nos Brezels du matin !
Il parait que tu as trouvé un toit au-dessus d'un canapé orange ! Na, schön !
Trop bien, je redécouvre le bonheur de larver derrière un ordi entre minuit et 2h du mat' ... en dégustant les dernières nouvelles bloguesques. So schön!
Enregistrer un commentaire