samedi, octobre 27, 2007

Kugelstropf et Myrmidon (chapitre 3)

  • Un dindon. Un DINDON ! hurle le Directeur. Vous croyez que je n'ai rien d'autre à faire que de... de quoi? De vous relire vos consignes de mission? Et tout ça parce que... parce que quoi? Que vous avez, de vos doigts gras, fait baver l'encre? C'est bien ça?
  • Oui, monsieur le Directeur, aquiescé-je, confus.
  • Mais achetez-vous du buvard ! Faites travailler des moines copistes, que sais-je ! Vous démarrez très mal, mon petit, ajoute-t-il en balançant un doigt vengeur sous mon nez.

Cela ne manque pas, j'ai toujours été allergique au dernier degré : j'éternue généreusement et me prends, en retour, une chiquenaude à faire valser un Boudha sur son tapis de nems.

  • Vous avez rendu votre lettre de mission illisible et il faut, en plus, que vous tentiez de me refiler la grippe aviaire ? Du vent, allez ! Reculez de trois pas.

(Je m'exécute).

  • Bon !! Que disais-je? - Non, taisez-vous. Café.

(Devant le peu d'émerveillement de mon regard, il s'arrête, me fixe, et agite sa tasse sous mon nez).

  • CAFEEEEE !

(J'éternue, et me baisse dans le même temps pour éviter la tasse qui voltige et va s'écraser sur le mur. Arrivée de Mireille, barissement comminatoire, aller-retour instantané de Mireille qui revient, cafetière fumante en main).

  • Merci.

(Regard ahuri de Mireille, soupir fatigué du Directeur, nouveau hurlement du Directeur).

  • Merci : sortez ! Du vent, du balai, comme vous voudrez ! Allez, ouste, au placard !

lundi, octobre 22, 2007

Kugelstropf et Myrmidon (chapitre 2)

Ca y est ! Ils ont décidé en haut lieu ; je tiens, tout ému, ma lettre de mission entre les mains. Dans le fond de l'enveloppe kraft, un billet d'avion pour ... Merde, mon doigt a fait baver l'encre.

lundi, octobre 08, 2007

Kugelstropf et Myrmidon (chapitre 1)

A peine suis-je entré dans son bureau que le directeur attaque.

  • Vous savez pourquoi je vous ai fait appeler, n’est-ce pas ?
  • C’est à dire, oui, oui – non, non… oui, je sais un peu, mais non, je – » marmonné-je.
  • Ne marmonnez pas tant. Entrez, mais entrez donc ! Et ne regardez pas vos souliers comme ça, levez les yeux. Asseyez-vous. Mais taisez-vous, bon Dieu !
  • Oui, monsieur le Directeur.
  • Bon… (soupir emphatique). Vous êtes en grâce là bas, ou bien ils ne savent pas à qui ils ont affaire. Enfin… ils vous ont affecté à une autre mission.
  • Une… une autre mi-…mission ? balbutié-je.
  • Une mi-mission, mais oui-oui, pantin pantoche ! s’exclame le directeur. Il fallait bien vous changer d’air, non ? Après les approches que vous avez faites à cette petite Tunisienne -

(Je ricane nerveusement)

  • Cessez de glousser comme un phoque ! Mais tenez-vous un peu droit, bon Dieu ! Et arrêtez de frotter votre chaussure contre le pied de mon bureau (j’arrête derechef). Je disais… que disais-je, au juste ?

(Je scrute le papier qu’il tient sous sa main. Quelques lettres : A…EE…. Y…ALE…)

  • Eh bien quoi, que voulez-vous ? Justris, je vous parle ! (Je relève la tête, confus). Ne soyez pas confus, soyez discret ! Bon sang de bonsoir. (Il froisse le tract syndical et le jette à côté du bureau, en manquant la corbeille d’un bon mètre). Donc, que disais-je ?
  • « Cessez de glousser comme un phoque », monsieur le Directeur.
  • Quoi ? (le directeur s’est dressé comme un naja sur son fauteuil). Ah ! … oui… je disais ça, très bien. Bon, bon. Mireille… MIREILLE ! CAFE !

(Mireille, cinquante-deux ans dont trente-trois d’arythmies cardiaques, se précipite avec une cafetière fumante posée en équilibre sur un tableau imitation Miro).

  • Merci mon petit. Et bien quoi, vous n’attendez pas un pourboire tout de même ? Allez, allez !! Au placard !

(Mireille retraverse la porte aux vitres dépolies pour se calfeutrer dans sa yourte mongole).

  • Bien-bien. ... Que disais-je au juste ? –Ah non, taisez-vous ! Très bien. Donc, ils ont décidé de vous éloigner temporairement, et de vous affecter ailleurs. En des termes très choisis d’ailleurs ! (Il ouvre un tiroir, sort une enveloppe et l’ouvre d’un coup sec. Je lorgne).
  • Eh bien quoi, ça vous gêne que je lise mon courrier en vous parlant ? Vous ne me croyez pas capable de faire deux choses à la fois, peut-être ?
  • Si, monsieur le Directeur.
  • Alors fermez votre clapet, ou vous finirez par tenter le cabot de Mireille. (Je doute). Votre langue de veau, imbécile ! (Je ris discrètement). Ne riez que si vous trouvez cela drôle, cessez ! Cessez d’être obséquieux une fois dans votre vie, Justris.
  • Bien, monsieur le Directeur. Oui, monsieur le Directeur.

(J’esquive le presse-papier qui va s’écraser sur la cloison du bureau ; Mireille rentre, affolée, une seconde cafetière à la main. Le directeur la gratifie d’un grand sourire las, puis d’un hurlement propre à effrayer le pire des cauchemars. Mireille ressort, les tympans vrillés pour les deux prochaines années).

  • Ça ne vous intéresse pas de savoir où vous êtes envoyé ?
  • Si, monsieur le Directeur, je suis très im-
  • Taisez-vous ! On ne s’entend plus.